Racisme: Bell pour « Les actes plutôt que les mots »

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Joseph-Antoine Bell a mis le cap sur l’Europe à un âge où certains envisagent déjà de raccrocher les crampons. Cela n’a pas empêché l’ancien portier des Lions Indomptables de briller pendant huit ans en première division française, dans les cages de l’Olympique de Marseille, de Toulon, de Bordeaux puis de Saint-Étienne, avant de tirer sa révérence en 1994, à 39 ans.

(Photo AFP)


Chaque fois que vous choisissez quelqu’un en fonction d’un critère sur lequel il n’a aucun pouvoir, il y a discrimination. Si vous dites qu’il vous faut uniquement des joueurs de grande taille, vous pratiquez la discrimination à l’encontre de ceux qui ne sont pas de grande taille. C’est pareil si vous dites qu’il vous faut des joueurs blancs ou que vous ne voulez pas de joueurs noirs. Bien sûr, c’est une forme d’injustice, car vous reprochez à quelqu’un une chose qu’il ne peut pas changer et de laquelle il n’est pas responsable.

Avez-vous été confronté à la discrimination au cours de votre carrière ?
Bien sûr. Quand je jouais encore, ce n’était pas vraiment le cas parce que j’étais très fort et donc on avait besoin de moi. Mais les préjugés ont la vie dure et il y toujours des gens pour penser que vous ne serez pas capable de faire certaines choses pour telle ou telle raison. Quoi qu’il en soit, je ne pense pas avoir été victime de discrimination de la part des gens qui comptaient vraiment. Si la discrimination vient du public, on ne peut pas réellement lui en vouloir dans le sens où ce n’est pas en son pouvoir de changer les choses. Oui, j’en ai fait l’expérience, peut-être de la part de certains joueurs. Mais je pense que j’étais assez fort pour ne pas en souffrir, même lorsque j’en étais victime. Lorsque j’y ai été confronté, j’ai toujours pensé que ceux à qui j’avais affaire n’étaient de toute évidence pas très intelligents. Comment leur en vouloir ? On n’y peut rien si on a affaire à des imbéciles !

Avez-vous essayé de les faire changer d’avis ?
Bien entendu. Il faut discuter avec les gens pour les faire changer d’avis, mais cela ne suffit pas. Vous devez les faire changer par votre comportement. Ce n’est pas avec des paroles que ces gens comprendront qu’ils se trompent. Comment voulez-vous qu’ils vous écoutent ? S’ils vous discriminent, ils ne changeront pas juste en vous écoutant parler. Vous les ferez changer par votre comportement, car la discrimination est liée à un manque de compréhension. Si les gens ne comprennent pas, ils ne peuvent pas se comporter correctement. Il faut alors faire évoluer leur façon de penser avant d’espérer un changement de comportement de leur part.

Comment le football peut-il aider à lutter contre la discrimination ?
Il peut y contribuer par la mise en place de règles adéquates. Mais ce ne sont pas les règles qui changeront les gens car ce sont les gens qui définissent les règles. Il est important que toutes les personnes qui prennent part à cette lutte connaissent le problème en profondeur. Si vous êtes contre la violence, vous ne pouvez pas laisser les joueurs être violents. Si vous êtes contre la tricherie, vous ne pouvez pas laisser les joueurs tricher. Si vous êtes vous-même un tricheur, les joueurs tricheront. Il en va de même pour la discrimination. Tous les décideurs du football doivent être bien conscients de tout cela et s’assurer de ne pas véhiculer le mauvais message.

Était-il plus facile de jouer en France, où il y a de nombreux joueurs noirs ?
Non, car j’étais le premier gardien noir. Ça n’a pas été plus facile pour moi, mais ça l’a été pour ceux qui sont arrivés après moi. À l’époque, tout le monde pensait qu’un noir ne pouvait pas être assez sérieux ou assez intelligent pour être gardien de but. Les gens pensaient qu’on ne pouvait pas faire confiance à un noir à ce poste, qu’un gardien noir n’était pas fiable. Les gens ne s’attendaient pas à ce qu’un noir puisse être bon au poste de gardien, mais j’ai réussi à le prouver, et depuis le message est passé. C’est pourquoi j’affirme que c’est par le comportement que l’on peut faire changer les gens. Ceux qui pensaient que les noirs n’étaient pas assez sérieux pour être gardiens de but avaient raison à l’époque parce qu’ils n’avaient jamais vu de bon gardien noir. Une fois qu’ils en ont vu un, ils ont su qu’ils s’étaient trompés et c’est par des actes que j’ai fait évoluer leur opinion.

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